Terres de Bocage

La Manche par ses haies, ses chemins et ses fermes

Récupérer l’eau de pluie chez soi : ce qui est permis, ce qui compte

Avatar de Arnaud Pagès

·

5 min de lecture

Récupérer l’eau de pluie n’a rien d’une pratique marginale en zone rurale, où les toitures sont grandes et la pluviométrie généreuse une bonne partie de l’année. Mais entre remplir un simple récupérateur pour arroser le jardin et alimenter les toilettes de la maison, l’installation, la réglementation et l’entretien n’ont rien à voir. Mieux vaut savoir dès le départ ce que l’usage visé implique réellement.

Ce que la loi autorise

En France, l’eau de pluie récupérée sur une toiture peut être utilisée sans restriction particulière pour un usage extérieur : arrosage du jardin, lavage d’une voiture ou d’une terrasse. Pour un usage intérieur, la réglementation, encadrée par un arrêté du 21 août 2008, autorise l’eau de pluie pour l’alimentation des chasses d’eau de toilettes, le lavage des sols et, sous conditions, le lave-linge, à l’exclusion de tout usage alimentaire ou d’hygiène corporelle. Le site service-public.fr détaille ces usages autorisés ainsi que les obligations qui les accompagnent, notamment la déclaration en mairie de toute installation utilisée à l’intérieur d’un logement.

Cette déclaration n’est pas une formalité facultative : elle permet à la commune de connaître les installations raccordées au réseau d’assainissement, puisque l’eau de pluie utilisée à l’intérieur repart ensuite dans les eaux usées et doit donc être comptabilisée, généralement via un compteur dédié, pour le calcul de la redevance d’assainissement.

Dimensionner selon la pluviométrie réelle

Le volume de cuve à installer dépend de deux données concrètes : la surface de toiture qui alimente la récupération, et la pluviométrie moyenne du secteur. La Manche reçoit une pluviométrie relativement soutenue et bien répartie sur l’année comparée à d’autres régions françaises, ce qui limite les périodes de sécheresse prolongée pour l’approvisionnement, mais ne dispense pas de dimensionner correctement l’installation.

  • Pour un usage jardin seul, une cuve de quelques centaines de litres à 1 000 litres suffit généralement pour un jardin de taille moyenne.
  • Pour un usage intérieur partiel (toilettes, lave-linge), les cuves enterrées de 3 000 à 5 000 litres sont courantes pour un foyer de plusieurs personnes, avec un système de pompe et de filtration en amont.
  • Le calcul précis part de la surface de toiture en mètres carrés, multipliée par la pluviométrie annuelle du secteur et par un coefficient de récupération qui tient compte des pertes, notamment par évaporation et débordement.

Une cuve surdimensionnée par rapport aux besoins réels n’apporte rien et représente un coût d’installation inutile ; une cuve sous-dimensionnée oblige à revenir sur le réseau public dès les premières semaines sans pluie, ce qui annule une partie de l’intérêt de la démarche.

L’entretien, souvent sous-estimé

Une installation de récupération d’eau de pluie n’est pas un système qu’on installe et qu’on oublie. Plusieurs points d’entretien reviennent régulièrement dans les recommandations de l’ADEME sur le sujet :

  • le nettoyage des gouttières et des filtres en amont de la cuve, au moins deux fois par an, pour éviter l’accumulation de feuilles et de débris ;
  • la vérification périodique de l’étanchéité de la cuve et du bon fonctionnement de la pompe, surtout avant la période où l’usage augmente ;
  • le contrôle de la qualité de l’eau stockée si elle sert un usage intérieur, l’eau de pluie n’étant en aucun cas potable et ne devant jamais être confondue avec l’eau du réseau ;
  • la purge et le contrôle du trop-plein, pour éviter les débordements en période de fortes pluies.

L’eau de pluie récupérée n’est pas potable et ne doit jamais alimenter un usage alimentaire, y compris indirectement via un robinet mal signalé.

Ce dernier point mérite d’être pris au sérieux : la réglementation impose une signalisation claire des points d’eau non potables dans un logement équipé, précisément pour éviter toute confusion, notamment avec des enfants ou des visiteurs qui ne connaissent pas l’installation.

Filtration et pompe : les éléments qui font la différence

Entre la gouttière et la cuve, un filtre grossier retient les feuilles et les gros débris avant qu’ils n’entrent dans le circuit de stockage. C’est un élément simple mais déterminant : une cuve mal filtrée en amont accumule des sédiments au fond, ce qui dégrade la qualité de l’eau stockée et complique le nettoyage périodique. Pour un usage intérieur, un filtre plus fin est généralement ajouté juste avant la pompe, afin de protéger l’installation et d’éviter les dépôts dans les canalisations qui alimentent les toilettes ou le lave-linge.

La pompe elle-même mérite d’être choisie en fonction de l’usage réel plutôt que du modèle le moins cher : un système surdimensionné consomme inutilement de l’électricité, tandis qu’un système sous-dimensionné s’use prématurément à force de tourner en continu pour compenser un débit insuffisant. Un professionnel du secteur peut évaluer ce dimensionnement en fonction du nombre de points d’eau alimentés et de la distance entre la cuve et la maison.

Une pratique cohérente avec le bâti ancien

Beaucoup de maisons anciennes du bocage normand possédaient historiquement leur propre système de récupération, souvent une simple citerne enterrée alimentée par les gouttières, à une époque où le réseau d’eau courante n’était pas généralisé dans les campagnes. Réinstaller un système moderne de récupération dans ce type de bâti reprend, en plus technique et réglementé, une logique ancienne bien connue de la région : ne pas dépendre uniquement du réseau pour les usages qui n’en ont pas besoin.

Avant d’investir dans une installation complète, il reste utile de commencer petit — un récupérateur simple pour le jardin — et d’évaluer ensuite, une saison durant, si l’usage justifie une installation plus ambitieuse raccordée à la maison. Pour les questions d’assurance qui accompagnent souvent ce type de travaux sur une maison ancienne, notre article sur assurer une maison ancienne détaille ce qui doit être signalé à l’assureur.


Avatar de Arnaud Pagès

À lire aussi